Arbeit macht frei

Il y a des idées, on se dit qu’il faut quand même une sacrée dose de déni et de méthode Coué pour y croire. Le travail qui émancipe, par exemple. Je veux dire, le gars qui serre des boulons sur une chaine de montage huit heures par jour avec une pause de 9h42 à 9h57 et une de 15h15 à 15h29 parce que c’est tout ce que les syndicats ont pu arracher à la direction, l’agriculteur qui se lève tous les jours aux aurores et qui n’a jamais pris de vacances de sa vie parce que les vaches on peut pas les mettre sur off cinq semaines par an, les personnels médicaux qui font soixante dix heures par semaine avec chaque année plus de patients et moins de moyens, la foule des gens devenus des robots parce que le boulot a été vidé de sens par les procédures qualité, ceux qui sont pressurés par une hiérarchie idiote, ceux qui ressemblent à des zombies dans le métro, ceux qui se plantent devant TF1 tous les soirs parce qu’ils n’ont plus un soupçon d’énergie à consacrer à autre chose, ceux que le stress empêchera de toute façon de dormir de la nuit, ceux qui meurent à petit feu d’une maladie professionnelle et ceux qui meurent d’un coup d’un accident du travail, ça va quand même être assez gros à leur faire avaler, cette histoire de travail qui libère.

Le travail aliène, n’importe qui ayant occupé un emploi peu qualifié le sait parce qu’il l’a vécu dans sa chair, Marx a écrit sur la question, oh, pas grand chose, juste l’ensemble de son œuvre, et c’est un fondement du socialisme historique. Du vrai socialisme, celui des congés payés, de la réduction du temps de travail, de l’abaissement de l’âge de la retraite, bref, le socialisme du travailler moins pour aliéner moins.

Ça fait trois décennies que le PS n’est pas avare de trahisons, mais celle-là en est une fameuse : les trois quart des caciques du parti se sont convertis à la « valeur travail » et se sentent plus proche d’un Macron qui affirme sans sourciller que le travail rend libre et qu’il ne veut pas entendre qu’il y aurait des choses plus intéressantes à faire que travailler, que d’un Hamon qui parie sur la raréfaction du travail salarié.

Nier que le travail aliène est une condition nécessaire du capitalisme. Travailler c’est produire et posséder ceux qui produisent est la condition du pouvoir. Pour un dirigeant, pour un rentier, dont la qualité de vie dépend exclusivement de la force ouvrière des autres, faire croire à ces autres que leur travail les sert d’abord eux, les libère, les émancipe, c’est l’entourloupe nécessaire à leur maintien en haut de l’échelle. Pas étonnant qu’ils soient si nombreux à le clamer dans les partis politiques.

Travailler moins, ce n’est pas glander. (Et même si ça l’était, quelle importance ? Les premiers à trouver inadmissible qu’on pourrait être payé à rien foutre sont aussi les premiers à ne rêver que de ça.) Travailler moins, c’est avoir plus de temps libre, c’est à dire plus de temps pour travailler sur des projets qui eux, pour le coup, sont réellement émancipateurs, parce que choisis et non imposés par un sous-chef tyrannique, une direction, ou la réalité du marché. S’ils avaient pu travailler moins, mon grand-père ébéniste amateur hors pair aurait fabriqué des meubles, mon père aurait été éducateur sportif, ma mère aurait été peintre, et moi-même j’ai au moins quatre ou cinq idées d’activités non rentables mais ô combien enrichissantes sur le plan personnel.

En fait, l’intoxication idéologie est dans cette notion de rentabilité : on restreint le travail à ce qui rapporte de l’argent, parce que c’est ce dont les dirigeants, qui possèdent les ouvriers, ont besoin. N’importe quel patron vous dira à l’unisson du MEDEF que la contrepartie du travail est le salaire, juste le salaire, rien que le salaire. Mais la plupart des travailleurs savent que ça ne suffit pas. Le sentiment de faire des choses utiles, de s’enrichir sur le plan intellectuel, d’être reconnu, d’être valorisé, sont tout aussi importants. Et c’est justement ça que permet le travail libre, le travail non salarié, fabriquer des jolis meubles pour sa femme ou ses copains, fonder une association sportive pour les jeunes du quartier, exposer des toiles, écrire des bouquins ou développer du logiciel libre : s’accomplir personnellement.

Mille-feuille

On découvre que l’un des rédacteurs du Bondy Blog, un média qui s’intéresse aux discriminations dont sont victimes les habitants des banlieues, a tenu un compte twitter misogyne, antisémite et homophobe. C’est évidemment inacceptable, mais c’est aussi très banal. Militer contre une discrimination tout en commettant soi-même d’autres discriminations, c’est assez répandu.

L’intersectionnalité s’intéresse aux gens qui sont victimes de plusieurs discriminations à la fois. En tant qu’homo ayant un nom juif et une tête d’arabe, je connais particulièrement bien le problème, mais je pense que la plupart des gens sont concernés. Personne ne rentre dans une case, personne n’est défini par une caractéristique. (Notez la voix passive : car je ne pense pas que les gens se définissent, mais plutôt que la société les définit de force ; ce qui peut éventuellement se traduire par une réappropriation et une revendication identitaire, mais ça vient après.) Nous ne sommes pas monolithiques, nous ne sommes pas réductibles à une essence unique (le Noir, la Femme, le Pédé, le Gauchiste…). La multiplicité des histoires, des situations, des événements, des personnalités, donne un empilement de couches, souvent contradictoires, et chacun fait ce qu’il peut pour donner une apparence de cohérence à la surface.

Mais si les gens sont complexes et multi-couches, les associations, elles, le sont rarement. Il y a des associations de lutte contre l’homophobie, des associations de lutte contre l’antisémitisme, des associations de lutte contre les contrôles au faciès racistes. Mais je n’ai jamais vu d’associations de lutte contre tout ça à la fois. Ce qui fait qu’au sein d’une association pour la cause X, on rencontre souvent des gens qui à titre individuel sont contre (ou simplement indifférents à) la cause Y. Tant pis. On fait avec.

On m’a reproché sur twitter de me sentir proche de mouvements comme les Indigènes de la République, alors qu’une de ses fondatrices a théorisé l’homophobie dans un de ses bouquins, ou du camp d’été décolonial l’année dernière, alors que certains de ses participants ne sont pas connus pour leur sympathie pro-juive ou pro-gay. J’assume la contradiction. Ces mouvements luttent contre une discrimination spécifique, lutte avec laquelle je suis à cent pour cent d’accord, et j’essaie de ne pas faire trop attention à ce qu’à titre individuel, tel ou tel sympathisant a pu écrire sur un sujet qui n’a rien à voir.

Il y a des racistes chez les homos, des homophobes chez les musulmans, des islamophobes chez les juifs. Si on s’en formalise trop, on ne s’en sort pas : il nous faudrait autant d’associations de lutte qu’il y a d’intersections possibles, ce qui serait aussi irréaliste qu’inefficace. À la place, je fais le pari du progrès, le pari qu’à force de fréquenter la diversité au sein de chaque association, les gens réalisent leurs erreurs, remettent en cause leurs préjugés, et comprennent la convergence des luttes.

Délit de sale gueule

Le problème des contrôles au faciès est assez sensible pour moi. Je me suis plusieurs fois énervé sur internet contre des gens qui avaient la prétention de m’expliquer que ça n’existait pas (alors que j’en ai vécu des dizaines), ou que c’était normal (ça ne l’est pas), ou qui me reprochaient de ne pas être objectif alors que je les renvoyais vers des études établissant clairement l’existence de ces contrôles.

Le problème ne date pas d’hier. La police française a collaboré à la traque des Juifs pendant l’Occupation, elle a persécuté tous les gens ayant une tête de maghrébin pendant la guerre d’Algérie, les sinistres voltigeurs motocyclistes de Pasqua ont matraqué tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un étudiant dans les années 80, quiconque a habité en banlieue ces 30 dernières années sait que les jeunes Noirs et Arabes sont des victimes privilégiées de la violence policière. Par cette courte énumération, je veux dire que le problème n’est pas ponctuel ; il est systémique. Le profilage (racial principalement) a toujours existé et son usage est généralisé. Pendant longtemps, les gouvernements en ont réfuté les conséquences, aucun élu n’a abordé la question parce que critiquer les forces de l’ordre est tabou, la justice elle-même s’est montrée indulgente envers les rares policiers mis en examen. L’affaire Théo semble faire évoluer les choses, et c’est tant mieux, il est plus que temps ; mais on en reste encore à évoquer des « dérapages » ou des « bavures » comme s’il ne s’agissait que de quelques brebis galeuses, alors que c’est la politique de maintien de l’ordre dans son ensemble qui est en cause.

C’est aussi ce qui est gênant dans la déclaration de François Hollande. Il appelle à faire confiance à la justice, mais d’une part le problème est politique et ne sera pas résolu par la condamnation d’une ou deux personnes qui n’ont fait qu’obéir aux ordres (si condamnation il y a un jour), et d’autre part c’est précisément cette même justice qui est soupçonnée d’avoir failli dans nombre d’affaires précédentes : Rémi Fraisse, Adama Traoré, Zyed et Bouna, pour les plus médiatisées. D’ailleurs, l’État a déjà été condamné pour le comportement de sa police. Plutôt que d’agir, le Premier Ministre d’alors Manuel Valls avait simplement fait appel de la condamnation…

Personnellement, j’ai été adolescent dans les années 80 en Seine-Saint-Denis et je n’ai pas une tête de bon Français, ce qui m’a donné l’occasion d’expérimenter un petit échantillon des pratiques policières.

D’abord, il y a le délit de faciès lui-même. Le contrôle n’est pas motivé par votre comportement ou par l’existence d’indices tendant à faire penser que vous êtes en train de commettre un délit, mais juste par votre gueule. Au début, on ne s’en rend pas compte. C’est à la longue, en discutant avec des copains au lycée, que vous réalisez que vos potes blonds aux yeux bleus ne sont jamais contrôlés, quand bien même ils font les cons et auraient des raisons de l’être, tandis que vous êtes systématiquement contrôlés quand votre chemin croise celui d’une patrouille.

Parfois, les flics ne font même pas l’effort de s’en cacher. Il m’est arrivé de traîner dans la rue avec des potes et que des flics nous arrêtent pour ne contrôler que moi. Une autre fois, on se rendait chez des amis en banlieue lointaine, on était trois voitures à se suivre. Alors qu’on passait un barrage de police, les flics ont laissé passer les deux voitures de mes potes devant pour arrêter spécifiquement celle dans laquelle j’étais et n’ont contrôlé que mes papiers. Avec le temps, c’est devenu une blague récurrente dans le groupe d’amis que je fréquentais à l’époque : « Oh, voilà des flics, tu vas encore te faire contrôler ! » Là où la blague était mauvaise, c’est que la plupart du temps, c’était effectivement ce qui arrivait.

Je n’ai bien sûr pas tenu de décompte précis ; à certaines périodes, il pouvait s’écouler plusieurs mois sans contrôle, tandis qu’à d’autres moments, je pouvais être contrôlé plusieurs fois dans la même journée. En moyenne, disons que ça s’élève à environ une dizaine de contrôles par an. Entre l’âge de 15 ans et l’âge de 25 ans. Soit une centaine de contrôles d’identité dans ma vie. Et vous, vous en êtes à combien ? Zéro ? Un ? Deux ?

Le contrôle se passe parfois cordialement, mais c’est l’exception. En général, c’est tendu. Le tutoiement est systématique, le ton et le langage souvent méprisants. Par exemple, si vous êtes arrêté au guidon d’un deux-roues, vous allez être accueilli par : « alors, tu l’as volée où, cette moto ? » Au pied d’un immeuble, on va plutôt vous suggérer : « gagnons du temps, dis-nous tout de suite où est le shit. » Être accusé de tout et n’importe quoi en guise de premier contact, ça ne met pas franchement d’humeur coopérative… Du coup, l’agacement peut monter assez vite chez le contrôlé, ce qui ne fait qu’aggraver l'agressivité du contrôleur : fouilles, palpations de sécurité, menaces de nuit au poste « le temps de vérifier tout ça », etc. Autre outil d’humiliation, ressortir de vieilles lois oubliées. Une fois, une patrouille m’a arrêté alors que je circulais en vélo. Ne trouvant rien à me reprocher, les flics ont fini par me foutre une amende pour défaut de plaque d’identification. Car le saviez-vous ? À cette époque, tout vélo devait être muni d’une plaque métallique gravée au nom de son propriétaire. Vous avez probablement passé toute votre enfance à être hors-la-loi chaque fois que vous montiez sur votre vélo ; sauf que c’est moi qui ait eu l’amende.

Une autre fois, nous rentrions d’une soirée, j’étais très fatigué, j’avais passé le volant à un copain. Ses parents habitaient dans un de ces quartiers pavillonnaires où des rues se coupent à angle droit à perte de vue. L’avantage, la nuit, me racontait ce copain, c’est qu’avec la lumière des phares, on repère plus facilement si quelqu’un arrive de la droite à chaque intersection. Et à la seconde où il finissait sa phrase, une bagnole de flics déboula de la droite tous feux éteints. Le copain l’évita de justesse d’un coup de volant assez brusque pour nous envoyer sur le trottoir. Évidemment, on s’est fait arrêter aussitôt. « Alors, la priorité à droite, ça vous dit quelque chose ? Et vous roulez sur les trottoirs, en plus ? » Le pote s’excuse, explique qu’il ne les avait pas vu arriver parce que leurs phares étaient éteints. Les flics nient, assurent que leurs phares étaient bien allumés, que de toute façon ils font ce qu’ils veulent, ce n’est pas eux qui sont en cause mais nous, ils cherchent la petite bête, s’agacent parce que la voiture est à mon nom mais ce n’est pas moi qui conduit, d’ailleurs l’adresse indiquée sur la carte grise est à cinquante kilomètres de là alors qu’est-ce qu’on vient trainer par ici, etc. Heureusement cette fois-là, un appel urgent sur leur radio met fin à un contrôle qui s'annonçait long et pénible.

Autre soirée. J’avais déjà été contrôlé deux fois dans la journée. C’était l’été, nous traînions sur le parking du MacDo pour profiter de la fraîcheur du crépuscule en bouffant des sundae caramel, quand une voiture de patrouille pila juste devant nous. Les quatre portières s’ouvrirent de concert et quatre flics en jaillirent. Exaspéré par ce qui s’annonçait être le troisième contrôle de la journée, je plongeai ma main dans une poche pour en ressortir la carte d’identité qu’on allait certainement me demander, quand un des flics a paniqué et la main sur son arme, a commencé à me hurler dessus, m’intimant l’ordre de ressortir très très lentement la main de ma poche.

Je pourrais encore parler de la fois où les douanes ont démonté ma Supercinq sur le bord de l’autoroute à la recherche de stupéfiants, ou de la fois où nous avons passé deux heures au poste parce qu’on nous soupçonnait de rouler dans une voiture volée alors que ni le modèle, ni la couleur de ma voiture ne correspondaient à celle qui était recherchée (mais l’immatriculation était presque la même donc c’était suspect), ou de la fois où j’ai failli me planter en moto parce que pour m’arrêter la voiture de patrouille m’avait fait une queue de poisson, ou encore de la fois où ma mère a failli faire un scandale parce qu’un flic avait eu devant elle un comportement ostensiblement discriminatoire envers moi. Je pourrais aussi parler des anecdotes équivalentes survenue à mon père, qui a été jeune-avec-une-tête-d’arabe bien avant moi.

Ces histoires semblent anodines, mais leurs conséquences ne le sont pas. Leur répétition (je rappelle qu’on parle de plusieurs dizaines de contrôles injustifiés) entache profondément le rapport que les populations ciblées entretiennent avec les policiers. Les humiliations verbales, voire physiques dans certains cas, les verbalisations continuelles pour des délits insignifiants là où vos potes ne sont jamais contrôlés donc jamais verbalisés pour les mêmes délits, l’impunité des forces de l’ordre même lorsqu’elles dérapent manifestement, tout cela nourrit du sentiment d’injustice. Or sans approbation de l’action de la police, sans reconnaissance de sa légitimité, le pacte social s’effondre. Le ressentiment s’étend d’ailleurs à tout ce qui représente l’État : ce n’est pas un hasard si parfois, écoles, pompiers, agences locales de l’ANPE, sont aussi pris pour cible.

Le pire est que ces méthodes nuisent probablement à l’efficacité policière et sont donc contre-productives. Le travail d’enquête repose sur la communication avec la population, or dans ces quartiers, plus personne ne veut parler aux flics. Ces contrôles sont aussi un facteur déclenchant des violences, parce qu’ils maintiennent constamment un niveau de tension élevé propice aux dérapages. Sur Twitter, quelqu’un a eu cette phrase très juste : « Théo et Adama vous rappellent pourquoi Zyed et Bouna courraient. » Le plus grave est que ce climat de tension est voulu. Rappelons que Sarkozy a limogé un commissaire parce qu’il tentait de retisser le lien avec les jeunes en organisant des matchs de foot amicaux.

Comme toute discrimination, ces contrôles au faciès ont également des conséquences sociales. Comme on ne contrôle que des Noirs et des Arabes, on ne trouve que des délits commis par des Noirs et des Arabes, ce qui conduit plein de gens (y compris des magistrats, ce que je trouve terrifiant) à affirmer que les Noirs et les Arabes sont intrinsèquement plus délinquants, ce qui en un cercle vicieux admirable justifie de ne contrôler que des Noirs et des Arabes. De là une surreprésentation de ces minorités en prison. C’est une statistique stigmatisante, elle alimente les préjugés, le comble est qu’elle est même utilisée pour justifier le profilage racial qui en est précisément la cause. On le voit à chaque affaire : les commentaires des journaux sont remplis de gens qui pensent que tout de même, si ces jeunes ont la police sur le dos, ce n’est pas par hasard, « on » sait bien que cette population est délinquante, ils n’ont que ce qu’ils méritent.

Il y a quelques semaines, un éditorialiste disait en substance que « en plein état d’urgence, alors que nous sommes visés par la menace islamiste, c’est irresponsable de laisser sous-entendre que la police a un comportement raciste envers la communauté arabe ». Je pense personnellement que le profilage racial est bien plus irresponsable que le fait de vouloir le dénoncer, d’autant plus que jusqu’à présent, la dénonciation est restée assez inaudible. Ça va peut-être enfin changer, au vu du contexte électoral dans lequel se produit la dernière bavure.

* * *

À propos des contrôles au faciès : ce document et ce rapport. À propos des violences policières : ce rapport.

Des potimarrons

C’est l’hiver, il fait froid, les hommes et les bêtes ont faim. Nourrissons les uns et les autres avec un potimarron et un peu d’astuce.

Commençons par les oiseaux. Coupez un potimarron en deux. À l’aide d’une cuillère, enlevez les pépins, puis creusez la chair autant que possible pour obtenir deux coupelles. Oui, c'est excessivement pénible à faire, mais on n'a rien sans rien. Jetez les pépins, réservez la chair.

Dans une casserole, faites fondre doucement de la graisse végétale (genre margarine premier prix). En dehors du feu, incorporez un mélange de graines pour oiseaux du ciel. Versez le tout dans les coupelles de potimarron et placez au frais pour faire figer la graisse. Quelques heures plus tard, pratiquez trois trous au bord des coupelles, passez-y des ficelles, suspendez à un arbre (hors de portée des chats…), et voilà une mangeoire pour oiseaux cent pour cent naturelle !

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Passons aux hommes. Placez la chair du potimarron précédemment réservée dans une casserole avec une carotte et une pomme de terre toutes les deux coupées en petits morceaux, couvrez d’eau, salez, ajoutez un cube de bouillon, portez à ébullition et faites cuire 15 minutes.

Mixez avec un morceau de beurre ou une cuillère de crème fraiche, décorez d’une branche de persil, et voilà un potage cent pour cent naturel !

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Ne reste plus qu’à trouver quoi faire des pépins. Une idée ?

Rappel à la loi

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Un peu plus loin, un article interdit d’apposer un signe ou un symbole religieux sur les édifices publics tels que les mairies ou les écoles. Tout le reste n’est que blabla destiné à assurer la transition, et notamment régler comment les possessions de l’État destinées à la pratique religieuse sont rétrocédées aux associations cultuelles.

Si cette loi de 1905 parle bien des symboles religieux sur les bâtiments publics, elle ne dit rien en revanche de la tenue des gens dans les susdits bâtiments, qu’ils soient fonctionnaires ou usagers d’ailleurs. Elle ne dit rien non plus des émissions de télé, des visites des hommes politiques à l’étranger ou de comment on doit s’habiller dans la rue.

Alors arrêtez de brandir cette foutue loi à chaque fois que vous tombez sur Le Jour du Seigneur le dimanche matin sur France 2, que le Pape reçoit le Président de la République, qu’une ministre cache ses cheveux lorsqu’elle visite un pays musulman, qu’un voile ou une kippa entre à l’Assemblée Nationale, ou que vous croisez un burkini à la plage.

Le cadavre d’Aristide Briand, qui n’a que trop fait le ventilateur dans sa tombe, vous remercie.

Peut-on critiquer le burkini ?

Maintenant que nous sommes la risée des médias étrangers, maintenant que les photos des policiers municipaux niçois vont alimenter des années de propagande djihadiste, maintenant que les pays anglo-saxons nous donnent des leçons de droits de l’hommisme, je pense que tout le monde a bien compris à quel point les arrêtés visant l’interdiction du burkini étaient d’une stupidité abyssale.

Reste une question, que posent plein de gens qui comprennent bien que l’interdiction est contre-productive et raciste, mais qui quand même, par rapport aux luttes féministes, trouvent que ce vêtement symbolise un retour en arrière inadmissible : peut-on critiquer le burkini ? (Ou le voile, c’est exactement le même problème.)

Oui. On peut.

Mais le terrain est glissant.

D’abord, critiquer les musulmans n’est jamais neutre. Notre pays est de tradition catholique. Les croyants ne sont plus très nombreux, les pratiquants encore moins, mais les valeurs chrétiennes imprègnent notre société. Nos parent, nos grands-parents pour les plus jeunes, ont connu un monde où le curé avait une fonction sociale importante, où l’on suivait les rites de l’église, même si c’était plus par tradition que par conviction : baptêmes, communions, mariages, confessions, etc. Aujourd’hui encore, la moitié des enfants bretons vont dans des écoles catholiques, cent pour cent des enfants alsaciens et mosellans ont des cours de religion à l’école. Et même si l’Église et l’État sont séparés depuis 1905, ce sont néanmoins des idées catholiques qui ont retardé l’IVG jusqu’en 1975 et qui retardent encore aujourd’hui les débats sur l’euthanasie.

Par ailleurs, notre pays a un gros problème systémique avec les musulmans. Contrôles au faciès, discriminations à l’embauche, politiques urbaines calamiteuses dans les quartiers où ils sont le plus nombreux, sur-représentation dans la population carcérale, polémiques médiatiques stigmatisantes sur les menus sans porc dans les cantines ou sur la construction de mosquées, épouvantails politiques pour la moitié des élus… Plus que les individus qui le compose, c’est notre système qui est raciste – et tant que l’État ne le reconnaîtra pas, aucune politique gouvernementale de lutte contre le racisme ne sera crédible.

Je veux en venir au point suivant : critiquer les cathos, c’est critiquer le système, mais critiquer les musulmans, c’est valider le système. Ça n’a pas du tout la même portée. Quand la rédaction de Charlie Hebdo ou Caroline Fourest expliquent qu’ils ne sont pas racistes parce qu’ils attaquent les religions en général et pas seulement l’islam, ils font l’impasse sur cette différence. Une caricature du Pape, c’est politiquement incorrect, une caricature d’un imam, c’est juste une goutte de plus dans le torrent habituel du racisme anti-musulman. Critiquer le burkini, pas de problème, mais vous avez intérêt à avoir des arguments solides et à être très pédagogiques si vous voulez vous démarquer de ce torrent.

Ensuite, en matière d’oppression des femmes, je ne suis pas certain que nous soyons assez irréprochables pour nous permettre de faire la morale à tout le monde. Une collègue me disait : « Tu sais pourquoi les femmes portent des talons aiguilles et un sac à main ? Parce ce que ça nous empêche de courir. Les talons aiguilles et le sac à main, c’est ce que les hommes nous donnent pour nous posséder et qu’on puisse pas s’enfuir. » C’est évidemment une sur-interprétation toute personnelle de l’histoire du vêtement ; mais il est indéniable que nos traditions vestimentaires portent les traces d’une différenciation des rôles sexués. Au-delà de l’habillement, c’est toute notre société qui est phallo-centrée : des femmes nues en 4×3 pour vendre des yaourts aux tristement fameux commentaires sexistes des J. O. de Rio, en passant par la culture du viol et la non-parité aux postes de pouvoir. C’est tellement intégré en nous qu’on n’y fait plus attention, mais faisons cette petite introspection avant d’expliquer doctement aux autres que leurs habitudes vestimentaires sont sexistes.

Je pense aussi que la symbolique originale oppressive des vêtements s’est perdue dans la nuit des temps et que nous commettons une erreur en l’invoquant. Je veux dire que les musulmans français choisissent leurs vêtements comme nous : pour se conformer à une tradition culturelle, parce qu’ils sont pratiques, parce qu’ils se sentent bien dedans, et mille autres raisons du même tonneau, et sûrement pas pour provoquer ou envoyer un message politique. Si vous étiez invité à l’Élysée, vous mettriez un costume cravate parce que les us et coutumes commandent que vous y alliez bien habillé, et dans notre référentiel culturel, être bien habillé, c’est porter un costume et une cravate. Lorsque Latifa Ibn Ziaten est invitée par François Hollande et qu’elle y va avec un voile, c’est exactement la même chose. Elle veut être bien habillée et dans son référentiel culturel, être bien habillée veut dire porter un voile. Il n’y a pas à chercher plus loin que ça.

Pour l’instant.

Essai du Shoei Neotec

J’aimais bien mon vieux Nolan N104, pour plein de raisons : l’axe excentrique de la mâchoire, qui permet à cette dernière de passer loin du visage avant de revenir près du menton se verrouiller, l’excellent contraste de la visière solaire, la largeur du champ de vision, le confort global, l’intégration parfaite de l’intercom… Mais il avait un défaut majeur : son aérodynamique d’armoire normande.

Un casque pas aérodynamique, ça produit du bruit et des turbulences. Je parlais justement de l’intercom ; en pratique, il était inutilisable au-delà de 80 km/h à cause du niveau sonore ambiant. Quant aux turbulences, elles font brinquebaler la tête et tout le haut du corps, surtout quand on double un poids-lourd, ce qui en plus d’être pénible, perturbe la stabilité de la trajectoire.

Avec ma précédente moto, ces inconvénients restaient minimes, je suppose parce que la bulle déviait convenablement le flux d’air au-dessus du casque. Avec la Z1000, ce n’est plus le cas. Mais alors, plus du tout ! En plus, ce vieux casque atteignait la limite des cinq ans. Deux bonnes raisons d'en changer.

J’ai hésité des semaines entre un Schuberth C3, un Shoei Neotec, un Shark Evoline 3, voire, pourquoi ne pas rester chez (une filiale de) Nolan, un X-1003. Après avoir épuisé quelques vendeurs dans quatre ou cinq magasins, après les avoir tous essayés quinze fois, après avoir sondé Twitter, mon choix s’est porté sur le Shoei. (J’ai ensuite hésité pendant des jours et jusqu’à la dernière seconde sur la couleur, mais c’est un autre sujet, je suis sûr que le vendeur m’a déjà pardonné de lui avoir fait retourner sa réserve pour trouver un modèle blanc à ma taille pour finalement choisir le noir…)

Bon alors, ce Shoei Neotec ?

Sur le point qui me gênait le plus, c’est une réussite : l’aérodynamique est bonne, ce qui donne une ambiance sonore bien moins pénible et surtout, plus aucune turbulence. Sur l’autoroute, la moto file sur des rails et je n’ai plus la tête secouée en tous sens dans le sillage des poids-lourds. En fait, j’ai été stupéfait de voir à quel point juste changer de casque pouvait changer le comportement et le confort de toute la moto ! L’insonorisation est honnête, elle filtre bien le bruit du moteur et de la route sans trop atténuer les bruits de la circulation. Autre point positif : l’aération. Elle est efficace et les clapets sont faciles à trouver et à manipuler avec des gros gants.

Rien à dire non plus niveau confort, enfilage en gardant les lunettes, manipulation de la mâchoire, verrouillage de la mentonnière, etc. Tout cela est de très bonne facture, comme on peut s’y attendre sur un casque de cette gamme. Aucun problème de buée non plus, non seulement il y a un écran Pinlock, mais il y a aussi un cache-nez qui dévie vers le bas l’air humide expiré pour éviter qu’il ne frappe la visière.

Autre détail sympathique, le champ de vision me semble plus étendu vers le haut que sur le Nolan. C’est appréciable sur la Z1000 où la position de conduite est légèrement basculée vers l’avant. On peut se pencher un peu sur le réservoir sans trop se casser la nuque pour continuer à voir la route.

Mais j’avais de grandes espérances ! J’attendais la perfection, du coup je suis forcément un peu déçu… Certes l’ambiance sonore est plus agréable qu’avec le N104, mais on m’avait tellement vanté « un des casques les plus silencieux du marché » que je m’attendais à mieux… Et quand les écoutilles d’aération sont ouvertes, il se produit parfois de petits sifflements aérodynamiques.

Petite déception également à propos de la visière solaire. Alors que celle du Nolan magnifiait le contraste, celle-ci le dégrade, comme si on regardait à travers un léger voile. De plus, elle donne une teinte vaguement violette au paysage. Je n’aime pas non plus l’emplacement de la commande, près de l’oreille gauche. (Deux points sur lesquels mon cerveau devrait s’habituer très vite, ceci dit.)

Dernier détail décevant (et surtout bizarre), il est précisé dans la documentation qu’il est interdit de conduire la nuit avec l’écran Pinlock. J’ai un peu cherché et d’après ce que j’ai compris, la réglementation européenne impose pour la conduite nocturne que la visière transmette plus de 80% de la lumière, or la visière du Shoei avec le Pinlock en place transmet tout juste 80%. Franchement, pour si peu, c’est ridicule, surtout que je ne connais pas un seul motard qui va s’amuser à démonter et remonter l’écran sans arrêt. Et puis le remède risque d’être pire que le mal, vu que la légère amélioration en vision nocturne apportée par le démontage du Pinlock sera réduite à néant par l’apparition de buée.

Le regret, c’est que tous ces petits détails ne peuvent se voir qu’après quelques jours d’essais en moto. Donc après achat. Si ça se trouve, le Schuberth qui semblait moins bien dans le magasin était mieux sur route, mais je n’ai aucun moyen de le savoir ! À quand les magasins qui laissent essayer les casques en situation réelle ?

Mauvaise impression

Comme nous avons déménagé (enfin il y a deux ans, mais je ne règle les problèmes qu'au fur et à mesure qu'ils se présentent), nous avons une nouvelle box internet. C'est-à-dire un nouveau routeur avec un nouveau nom et un nouveau mot de passe. Mon imprimante sans fil n'arrive donc plus à s'y connecter. Qu'importe, me dis-je, inconscient de la lutte qui m'attend, il n'y a qu'à la reconfigurer !

Petite revue des différents utilitaires installés sur ma machine dans le répertoire HP. Je ne vois rien qui permette de reconfigurer le mot de passe WiFi de l'imprimante. Petite revue des différents boutons et options en façade de la bête : pas mieux. Imprimante 1 - 0 Virgile.

Il va donc falloir la réinstaller entièrement avec le CD d'origine. Bien évidemment, je n'ai pas la moindre idée de l'endroit où il se trouve. Je vais donc sur le site HP dans l'espoir de le télécharger. Je tape le nom de mon imprimante, ça m'en trouve trente-sept dont le nom n'a aucun rapport avec ce que j'ai tapé (c'est bien la peine de proposer un moteur de recherche…), je farfouille, je finis par trouver celle qui correspond. Je clique dessus, une page s'ouvre et m'apprend que je suis chanceux, je n'ai pas besoin de télécharger quoi que ce soit, ce modèle est directement pris en charge par Mac OS ! Ah oui. Mais non. Moi je veux télécharger ce foutu CD quand même. Peine perdue, c'est impossible. Imprimante 2 - 0 Virgile.

En désespoir de cause, je pars à la recherche du CD original et finis par le retrouver quelques heures plus tard au fond d'un tiroir. Je l'insère dans ma machine (qui heureusement est assez vieille pour avoir encore un lecteur) et constate qu'il ne permet pas de configurer une imprimante sans l'avoir installée d'abord. La mienne est déjà installée, tant pis, réinstallons par dessus, je ne suis plus à ça près. Si ça se trouve, le logiciel est assez intelligent pour détecter que… Non, je n'ai rien dit, laissez tomber. Ça me demande donc de re-lire le contrat utilisateur pour rien, de re-copier douze mille fichiers pour rien, de re-répondre à un million de questions pour rien. (Non, je ne veux toujours pas que HP m'envoie des offres personalisées. Non, je ne veux toujours pas non plus que HP récupère les statistiques d'utilisation de mon imprimante.) Arrive enfin l'étape tant attendue de configuration réseau ! Je branche le câble USB comme demandé… et le logiciel se plante comme une merde. Je re-fais toute la procédure, pour être re-sûr. Ça re-plante. Imprimante 3 - 0 Virgile.

Retournons chercher de l'aide sur le site HP. Il s'y trouve justement toute une section consacrée aux imprimantes sans fil. Je déchante devant le marketing bullshit de la page, qui détaille certes diverses procédures techniques, mais en précisant bien que certains modèles peuvent se comporter différement, merci de vous reporter à la procédure d'installation originale de votre matériel. La procédure d'installation originale, on parle bien de celle que je ne peux pas télécharger parce qu'il parait que je n'en ai pas besoin, mais qui de toute façon se termine par un crash ?

J'apprends néanmoins qu'il existe une technologie révolutionnaire (ahem) : le WPS. Il suffit d'appuyer sur deux boutons, un sur l'imprimante, un sur le routeur, puis comme par magie, le WiFi se configure tout seul. Exactement ce qu'il me faut ! Pour conjurer le mauvais sort, j'évite de suivre l'astérisque vers la note de bas page qui explique toutes les situations où cette procédure pourrait ne pas fonctionner ; et j'appuie sur le fameux bouton. De l'imprimante. Parce que sur le routeur, de bouton, je n'en vois point. Une rapide recherche Google m'apprend effectivement que la freebox v6 ne supporte pas le protocole WPS et ne possède donc pas le bouton idoine. Imprimante 4 - 0 Virgile.

Quelqu'un connait un bon moine copiste ? C'est un peu plus lent en terme de nombre de pages à la minute, mais je suis sûr qu'en terme d'expérience utilisateur, c'est beaucoup moins éprouvant pour mes nerfs…

Hystérie collective

Comment se fait-il qu’à chaque fois que l’homosexualité est au devant de l’actualité, tout le monde devient hystérique et raconte n’importe quoi ?

Le service de com’ de l’Élysée déclare que l’homosexualité est un choix, une biologiste hétéro nous explique avec condescendance comment fonctionne l’orientation sexuelle et traite de trolls tous les pédés qui essaient de lui faire comprendre qu’elle ne sait pas de quoi elle parle, ceux qui défilaient hier contre nos droits se prennent de sympathie pour les victimes d’Orlando et les gens qui pointent leur indécence se font traiter de petits commissaires politiques et de fascistes, les réseaux sociaux sombrent dans un délire universaliste en pensant que l’homosexualité n’est pas très importante dans cette histoire, puisqu’après tout c’est juste un homo refoulé qui va dans une boite homo pour buter d’autres homos, cependant que les politiques et les éditorialistes assurent le service minimum parce que trop parler d’homosexualité en France c’est faire le jeu du communautarisme, ce qui chez nous est l’équivalent d’invoquer Satan en personne.

Ça me fatigue. La connerie, ça me fatigue tellement.

Et pendant ce temps, un éditorialiste de France Inter nous explique que finalement, si on regarde bien, l’homophobie régresse. Cool, tout va pour le mieux alors ! La société occidentale est tellement homophobe qu’elle engendre des gays qui détestent ce qu’ils découvrent être au point de se suicider dix fois plus que la moyenne, que se tenir par la main dans la rue reste une activité à haut risque, que l’immense majorité des homos ne sont pas « out » sur leur lieu de travail, que « pédé » est l’insulte la plus répandue et que « se faire enculer » est l’expression la plus méprisante dont dispose notre vocabulaire, que des millions de mecs préfèrent vivre malheureux avec une femme et sucer des bites d’inconnus la nuit sur des parkings plutôt que de faire leur coming out, mais circulez y a rien à voir, l’homophobie régresse on vous dit. D’ailleurs, si vous demandez autour de vous, la plupart des gens affirment se foutre de l’orientation sexuelle des autres, c’est bien la preuve que c’est un non-sujet !

C’est tellement un non-sujet que chaque fois qu’un truc impliquant des pédés fait la une de l’actualité, tout le monde ne parle que de ça pendant des jours.

Si ça continue je me casse au Canada. Il paraît qu’ils ont un premier ministre qui hisse un rainbow flag sur le Parlement et qui embauche un ministre Sikh portant le turban sans que ça déclenche une crise identitaire profonde chez la moitié de ses concitoyens. Ça doit être reposant.

De l’eau de là-haut

Le propriétaire d’un terrain est libre de disposer de l’eau de pluie qui s’y déverse. Nous avons donc souhaité récupérer cette eau afin d’alimenter les toilettes de la maison, ainsi que le lave-linge. Il ne s’agit pas de faire des économies, le système ne sera probablement jamais rentabilisé vus les faibles volumes en jeu et vu le coût dérisoire du mètre cube d’eau de ville chez nous. Il s’agit plutôt d’une démarche écologique et aussi, il faut bien le dire, de satisfaire les bricoleurs insatiables que nous sommes !

Quelques calculs pour commencer. D’après les archives météorologiques, il tombe environ 50 mm d’eau par mois dans notre région. Les pentes des gouttières, la disposition des tuyaux de descente et la forme de la maison nous permettent de récupérer facilement l’eau sur la moitié du toit, soit environ 40 m². Il est donc théoriquement possible de collecter 2000 litres par mois. Côté usage, si l’on compte 5 chasses d’eau de 10 litres par jour et 2 machines à laver de 40 litres par semaine, on atteint 1820 litres par mois. Les besoins devraient donc être couverts.

Mais entrons dans le vif du sujet !

L’eau qui descend des gouttières est collectée par des prises sur les tuyaux de descente, puis guidée vers deux citernes en plastique couplées de 310 litres chacune. Attention à installer au moins un des collecteurs de telle sorte que le tuyau de sortie soit horizontal : c’est ce qui permet à l’eau de refouler vers la gouttière puis vers les égouts lorsque les citernes sont pleines, plutôt qu’elles ne débordent par leur couvercle.

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C’est le point faible de notre installation. Comme ces citernes sont à l’extérieur, elles sont sensibles au gel ; les températures sont rarement négatives par ici, mais ça peut arriver et il faudra surveiller le système ces jours-là. D’autre part, la contenance est insuffisante pour faire efficacement tampon. Il arrive qu’il pleuve alors que les citernes sont déjà pleines, et inversement, qu’il ne pleuve pas pendant des jours alors que les citernes sont vides. Enfin, ces citernes en plastique ne neutralisent pas l’acidité naturelle de l’eau de pluie. Des parois en béton, un matériau alcalin, auraient été préférables.

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L’eau pénètre ensuite dans la maison par une canalisation en PER de 12 mm et descend par gravité vers une seconde cuve de 250 litres, située dans la buanderie à la cave. Cette cuve remplit deux offices : accroitre la capacité de stockage, à l’abri du gel de surcroit, mais aussi assurer automatiquement le relais par l’eau de ville en cas de déficit d’eau de pluie.

Ce relais est obtenu par le truchement de deux robinets à flotteur. Les robinets sont disposés de telle sorte que l’arrivée d’eau de ville soit assez haute pour ne jamais être en contact avec la surface de l’eau de pluie : ceci garantit que l’eau de pluie ne peut jamais être aspirée à l’envers dans le réseau d’eau potable et le contaminer. Outre notre sécurité sanitaire, la présence de cette déconnexion physique entre les réseaux est imposée par la réglementation. Les flotteurs des robinets sont réglés afin que la cuve se remplisse en priorité d’eau de pluie, puis seulement en dernier recours d’eau de ville. Comme on peut le voir sur la photo ci-dessous, ceci a nécessité une modification assez radicale de l’un des flotteurs…

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L’avantage des robinets de chasse d’eau utilisés ici est qu’ils ne coûtent pas cher, se trouvent partout, sont faciles à bricoler pour s’adapter à l’usage voulu. Leur inconvénient est leur faible débit ; un problème aggravé ici par la faible pression due au faible dénivelé entre les cuves intérieures et extérieures. Il faut une bonne dizaine de minutes pour remettre la cuve à niveau après une chasse d’eau, une bonne heure après une machine à laver. Ça fonctionne chez nous, mais pour une famille nombreuse où six personnes tirent la chasse à la suite (au coucher par exemple), il existe un risque de vider entièrement la cuve secondaire et de désamorcer la pompe.

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L’eau de la cuve est ensuite aspirée par une pompe et stockée sous pression dans un petit ballon. Une crépine permet de filtrer grossièrement l’eau pour protéger la pompe, tandis qu’un clapet anti-retour permet de maintenir la pression dans le ballon lorsque la pompe ne fonctionne pas. Sans clapet, l’eau refoulerait à l’envers à travers la pompe arrêtée et retournerait dans la cuve. Un capteur déclenche la pompe lorsque la pression dans le ballon chute sous 0,8 bars et l’arrête lorsqu’elle atteint 2,5 bars.

La pompe est fixée sur un support de caoutchouc, lui-même posé au sol sur quatre patins amortisseurs. L’aspiration et le refoulement sont connectés par des tubes souples. C’est que nous avions peur du bruit et des vibrations, surtout en cas de déclenchement en pleine nuit, lorsque quelqu’un tire une chasse d’eau à trois heures du matin. Mais à l’usage, ces précautions se sont avérées surdimensionnées : la pompe est relativement silencieuse et vibre peu.

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L’eau de pluie est propre lorsqu’elle tombe du ciel, mais après avoir lessivé le toit puis stagné dans la gouttière avec les feuilles mortes et les déjections aviaires, elle est contaminée lorsqu’elle arrive dans les cuves. Elle doit donc être filtrée avant usage. Nous avons installé deux filtres en sortie de pompe. Le premier est un filtre bobiné 5 μm qui retient les impuretés ; le second est un filtre à charbon actif qui élimine les résidus de matières organiques susceptibles de conférer une mauvaise odeur à l’eau.

À la sortie des filtres, l’eau n’est bien sûr pas potable ; mais elle est largement assez propre pour servir à la chasse d’eau des toilettes et pour faire une lessive. À l’usage, nous avons constaté que le linge lavé à l’eau de pluie présente une odeur de frais moins marquée qu’habituellement. Je ne sais pas si c’est le fait de résidus organiques dans l’eau ou simplement l’absence totale de calcaire qui fait que la lessive et l’assouplissant se comportent différemment d’un point de vue chimique. Il est par contre beaucoup plus souple, moins rêche ; c’est très agréable.

Reste à faire : étiqueter clairement tout le circuit d’eau de pluie comme non potable. C’est une obligation légale, destinée à protéger de tout risque sanitaire un éventuel futur acquéreur de la maison.

* * *

Bilan après un peu plus de six mois : une diminution de notre consommation d’eau de ville d’environ 15 m³, soit 80 €. C’est conforme à ce que nous attendions et ça confirme que le système ne sera jamais rentable ! Surtout qu’il faut déduire le prix des consommables (les filtres) et de l’électricité pour faire tourner la pompe. Mais ce n’est pas très grave, ce n’était pas l’objectif.

Erreurs à ne pas refaire et choses apprises :

Exercice de style

Accompagner des pâtes, c'est un exercice de style, des variations sur deux thèmes imposés : produits frais et simplicité. S'il te faut plus de temps pour préparer la sauce des pâtes que pour faire cuire les pâtes, c'est que ta recette est trop compliquée. (Bon, sauf pour la bolognaise, mais parce qu'en vrai c'est pas une sauce, c'est un ragoût, donc ça doit mijoter des heures.)

La base : il te faut une casserole et une poêle. Dans la première, tu mets à bouillir de l'eau salée pour les pâtes. Dans la seconde, tu fais revenir une échalotte émincée dans de l'huile d'olive. De la bonne huile d'olive. Fuis les marques qui essaient de t'en vendre à prix d'or dans des bouteilles ouvragées façon parfum de luxe ; et aussi celles avec une carte de Toscane sur l'étiquette mais si tu regardes bien les petits caractères tu vois qu'elle est cultivée sous serre à Almeria. Prends plutôt celle-là, elle est bonne et pas trop chère. Mot-dièse bobo parisien.

Épluche et émince tes légumes. Ceux que tu veux, c'est ton exercice de style, c'est ta recette, pas la mienne. Disons un ou deux parmi : courgettes, poivrons, aubergines, olives, cœurs d'artichauts, câpres, asperges, tomates séchées… Et hop, dans la poêle avec l'huile chaude et l'échalotte. Sel. Poivre. Petite touche francese : du piment d'Espelette. Couvre et réduis à feu moyen. À ce stade, l'eau doit bouillir ; plonges-y les pâtes et déclenche le minuteur. Pour aider les légumes à cuire sans brûler au fond de la poêle, ajoutes-y régulèrement une demi-louche de l'eau de cuisson des pâtes.

À un moment, il va falloir que tout ça forme une sauce onctueuse qui pénètre dans les trous des penne et des pipe rigate, qui se loge dans les aspérité des farfalle, qui enrobe bien les linguine, qui adhère aux trofie. Sinon, c'est pas un accompagnement pour les pâtes, c'est juste des légumes d'un côté et des pâtes de l'autre. Deux solutions. Soit tu ajoutes à mi-cuisson une ou deux tomates bien juteuses et coupées en petits morceaux, soit tu ajoutes en fin de cuisson du fromage frais italien genre ricotta ou mascarpone. Tout dépend de tes légumes. Par exemple, les courgettes ou les brocolis, ça fonctionne bien avec la ricotta. Les poivrons ou les artichauts, ça fonctionne bien avec la tomate. Faut essayer et ne pas avoir peur d'improviser. Et toujours : un peu d'eau de cuisson des pâtes pour délayer si le résultat n'est pas assez onctueux à ton goût.

Dring ! Les pâtes sont cuites. Tu les égouttes grossièrement, tu les jettes dans la poêle avec les légumes et tu fais sauter trente secondes en mélangeant bien. C'est le moment d'ajouter du basilic ou du persil ciselé. Tu mélanges une dernière fois et c'est prêt. Normalement il ne s'est pas écoulé plus de quinze minutes depuis que tu as commencé.

Buon appetito !

Rétrospective 2015

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Si par hasard vous exploriez la pellicule de mon téléphone, pour 2015, vous trouveriez : l’arbre au fond du jardin dont la vue m’enchante tous les matins en ouvrant les volets, la fin d’un épisode professionnel mouvementé, la prairie derrière la maison, des courses au marché le dimanche matin, une gay pride, une randonnée avec des amis d’enfance dans la baie du Mont Saint-Michel, des kilomètres en moto, un nouveau boulot avec vue sur la Défense, quelques sorties à Paris.

Bonne année 2016 à tous !

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